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A la recherche du bonheur

« Êtes-vous tombé dans le piège du bonheur ? Notre quête absolue du bonheur et les moyens que nous prenons pour y parvenir finiraient-ils par nous rendre malheureux ? »  

C’est Russ Harris dans son livre « Le piège du bonheur » qui m’offre cette introduction au thème universel du bonheur.

La poursuite du bonheur

Dans la majorité des consultations, un jour, inévitablement arrive cette demande : « Ce que j’aimerais c’est juste être heureux / heureuse, c’est tout ! Ce n’est pas compliqué, mais je n’y arrive pas ! »

Il y a dans cette demande un sentiment désespéré qui s’entend par : « pourquoi, moi, n’ai-je pas droit au bonheur, alors que pour tant d’autres il est accessible ? Non seulement je ne suis pas heureux / heureuse mais en plus je n’y ai pas droit, voire je ne le mérite pas ! « . C’est une double peine.

Alors on l’attend comme s’il pouvait arriver un jour que lui seul a défini. Notre esprit, notre corps se mettent alors en état d’hyper vigilance à traquer le moment où il sera là.

A quoi ressemble le bonheur ?

Mais comment le reconnaitre ? Quel visage a-t-il ? C’est quoi ? C’est qui ? Certains diront que quand il est là, ca se sent. Ah bon ? Et ca sent comment alors ? Je n’ai rien senti.

A la vitesse où vont les livres sur lui, on aurait presque tendance à penser que pour le trouver, il va falloir s’armer de patience et de courage et se mettre à étudier.

Est-ce devenu une science ? Il est à la fois simple et inaccessible. Il nous joue des tours. Il se cache parfois dans des objets, dans des personnes, dans un travail, ça y est, on y croit, il est là… et puis disparait.

Existe-t-il une pilule ? Qui la distribue ? Où la trouver ? A quel prix ?

On veut le bonheur à tout prix, on est prêt à tout, comme s’il y avait quelque chose de magique qui allait stopper net tous les maux.

« J’ai vraiment tout pour être heureux / heureuse : Un travail qui me plait, un bon salaire, un mari qui m’aime, des enfants en bonne santé, des amis super… et pourtant je ne suis pas heureux / heureuse. On m’a promis le bonheur et pourtant il n’est pas toujours pas au rendez-vous. » …Ca vous parle ?

Quand l’obligation d’être heureux à tout prix génère stress, anxiété et déprime, cette quête du bonheur en vaut-elle vraiment la peine ?

Le paradoxe du désir

De façon évidente, on peut dire qu’une fois obtenu ce que je désire, je ne le désire plus. Il ne me manque plus puisque je l’ai et comme je l’ai, je perds le désir de l’avoir. Or sans désir, je m’ennuie, je souffre, ma vie a peu de sens. Je suis malheureux / malheureuse.

Pour pallier cette perte, ce vide, certains vont pouvoir passer leur vie en allant de réalisation en réalisation de leur désir. Certains vont s’y épuiser, d’autres y renoncer car de toutes façons, ce que j’ai ne me suffit pas.

Les philosophes Spinoza sur « le désir étant l’essence même de l’homme » et Platon sur « le désir est le manque » vous en diront beaucoup plus.

Au fil de ces quelques lignes, je réalise combien le sujet, qui me semblait au départ réjouissant, s’avère en réalité pesant, stressant, sans avenir.

La recherche du bonheur nous rend malheureux. Le temps passe et on s’angoisse. Et comme on est malheureux, on repart à sa recherche… tel un serpent qui se mord la queue.

Bref, nous sommes coincés.

Nous voulons le trésor, alors nous sommes prêts à tout pour trouver la carte. Le problème, vous l’aurez aussi aperçu, c’est qu’il y a une multitude de cartes, de vendeurs de cartes et, au bout du compte, toujours pas de trésor.

Et si nous arrêtions de chercher le bonheur ?

Si déjà nous portions notre attention sur ce qui peut nous réjouir dans ce qu’il y a déjà.

Prendre l’habitude d’observer le privilège d’être simplement là, plutôt que de s’acharner jusqu’à s’épuiser à trouver quelque chose de finalement assez imprécis.

On rapporte que Skinner*, dans ses derniers instants de vie sur son lit d’hôpital, aurait défini comme « instant sublime de bonheur » le privilège d’avoir pu boire encore quelques gorgées d’eau.

Et si, dans notre quotidien, on pouvait ressentir ce privilège à chaque verre d’eau ? Bien sûr le verre d’eau est un exemple, notre quotidien nous en offre pleins d’autres, mais pourquoi ne pas commencer par celui là ?

Et si on essayait ?

Bruno Oberti 

 

*  Skinner est un des fondateurs des thérapies cognitives et comportementales.

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